Atelioers d'écriture 

quelques ingrédients :

  • la nuit
  • une rue sombre
  • de hauts talons
  • une silhouette furtive
  • et la désagréable sensation de n’être pas seul

écrire une histoire (un peu) noire, dévoilant peu à peu l’implacable mécanique du frisson


 

 

 

C’est la Chienlit- blackout général, les réverbères ne sont plus allumés.

La nuit profonde accentue le mystère, et rend la rue encore plus sombre

La lune quelques instants, a laisser entrevoir un chat noir, rebondissant en miaulant, avec un bruit de ferraille, une casserole attachée à sa queue.

Un Chat Noir, mauvais présage !

Elle n’est pas bien dans ses bottes aux talons démesurés.  Elle aimerait  se hâter à grands pas, mais le pavé glissant ne facilite pas sa marche, sa jupe noire, très collante l’entrave…

Un malaise croissant l’envahi.  Elle a hâte de quitter cette rue longue et froide.

En elle s'accentue  implacablement la  désagréable sensation de n’être pas seule.

Un claquement sur sa droite, elle sursaute et en  perd l’aplomb  que  sa prestance tapageuse et incongrue suggère

Qui la lorgne ? Non,  ce n’est peut-être qu’un courant d’air qui à coup sur, a brusquement fermé un  battant entrebâillé.   Elle essaie ainsi de se rassurer , pourtant  ses pensées fusent à 100 à l’heure, et le tourbillon des idées folles s’enclenche  

Pourquoi a-t-elle accepté ce rendez-vous ici  dans ce lieu reculé,  inhabité , déserté, ?

 Il fallait pourtant   que l’opération soit menée à l’abri des regards indiscrets, et qu’elle-même ait une apparence ne laissant pas deviner le but final.

Son regard se porte au bout de la rue, où  des voitures passent telles des fantômes, cela la tranquillise et l’inquiète à la fois, car à cette distance qui pourrait l’entendre ?

La sueur empoisse  ses cheveux sur  sa nuque, son cœur bat la chamade,  à la limite de la tachycardie.

Subito, sur sa droite, quelques pas plus haut, elle semble discerner   une silhouette masculine  émerger d’un porche sinistrement noir.

 Des pas saccadés de boiteux  résonnent et rendent la rue encore plus lugubre !

Ce ne peut être son rendez-vous pense-t-elle!

Non, impossible! La description qu’on lui  en a faite,   ne correspond  pas à   ce spectre  

La silhouette se précise et elle perçoit une  respiration saccadée, semblable à un halètement.

Un malade mental, à l’affut de quelques passantes égarées ?

Elle redouble de peur, d’autant qu’il fait tournoyer  sa canne dans un geste preste, comme  quelqu’un  en proie à une excitation.

Elle reste coite, paralysée, aucun son  de peut sortir de sa bouche, elle ne peut concentrer sa pensée,  sa respiration, volontairement lente, ne l’apaise pas non plus.

A cet instant d’émotion intense, l’homme, arrivé à sa hauteur, lui tend une petite sacoche, et disparait aussitôt sans un mot en faisant toujours tournicoter sa badine.

C’était bien lui son rendez-vous !

 

Alors, elle se détend, oublie son oppression, son angoisse, et songe à tous ceux qu’elle va certainement pouvoir sauver, grâce au message secret  dont elle vient de recevoir la charge, et qu’elle va transmettre aux  supérieurs de son réseau de Résistance

Il lui semble maintenant que la nuit est moins noire !

 

rue