On sait qu'il y a en certains lieux quelqu'un qui vous attend, quelqu'un dont on n'a pas conscience.

Lorsque je pense à mon aventure, j'en demeure encore interdit.

 

J'étais en villégiature dans un petit village montagnard, reprenant des forces après mon opération cardiaque, marchant tranquillement, à mon rythme sur les sentiers caillouteux

Un matin  éloigné  de tout, je découvris un sinistre bâtiment , entouré d'allées tortueuses, en labyrinthes, que l'on aurait crû tracés  pour ne jamais en atteindre l'entrée,


Situé en lisière d"un bois, cette maison de santé,  était un indéfini  complexe grisâtre  comme un immeuble de banlieue abandonné à son sort,

 

Les magnifiques pommiers en fleurs de la saison précédente avaient dû subir la rude sécheresse de l'été  , car les fruit avortés avant l'heure ,ne laissaient plus qu’apparaître leur pédoncule séché. Ils n ' offraient au regard ,qu’une peau vide, ridée, recroquevillée, 

Je sentis mon corps frissonner tout entier,

 

Cependant poussé par je ne sais quoi d'étrange, qui me semblait vital, je décidais d'y entrer.

 

L'accès dans l'établissement , interdit au public, fut relativement simple.

Une infirmière aux yeux pâles, sans expression m'accueillit, ne manifestant aucun sentiment de compassion.

Elle faisait glisser ses mains aux ongles rongés , sur le revers de sa blouse, comme si elle avait voulu effacer les faux plis d'un repassage négligent. 

Elle notât mon nom et me demanda qui je venais voir,

 

Je ne sus que lui répondre.

Alors mes yeux se portèrent vers le hall à la recherche d' une réponse incertaine...

 


IL était là qui semblait m'attendre. Une présence  tout en abscence , l'auréolait,

 

Une lumière clignotait près de la montée d’escalier, et lorsque les feux de la rampe tournèrent au bleu,  son esprit virât aussi. Alors sur son visage apparurent les stigmates de la frayeur.

IL était pâle , translucide, paraissant minuscule sous les voutes froides et sinueuses de ce bâtiment à l 'aspect carcéral,

 

Je remarquait qu'IL  avait ses chaussures,crottées

 

Une idee incongrue me traversa l 'esprit.  Je songeais à mon enfance dans les Landes, et me dit , bizarrement, en moi même :

 

'avec des échasses ses chaussures auraient été épargnées'


IL faisait des gestes incompréhensibles, et on devinait un esprit tortueux.

 

Au dehors, le ciel nuageux, assombrissait la terrasse-verriere ., et si les impensables  statues de naïades n’avaient pas affiché leur grâce avec volupté, on aurait eu envie de faire demi-tour aussitôt. 

Des formes comme des ombres apparurent , sur un mur inégal où leur pâles reflets se dessinaient, C'était les ombres des flambeaux muraux, caressées par un léger souffle provenant du dehors ,

Un cauchemar dantesque ,

Je pressentis en moi l'impératif devoir de LE sortir de cet antre,

Je prétextais une promenade en plein air, en annoncant que c' était mon ami et que je venais   lui rendre visite.

 Après avoir fait deux ou trois tours sous les yeux vigilants de l'infirmière-sbire je le pris par la main, et m’enfuyais rapidement,

Mais des cerbères biens dressés, montrant leurs crocs nous firent barrage,

Des gardiens identiques, véritables molosses s’emparèrent de LUI,

Un médecin aux cheveux fous, prétextant de mon inconscience, m’enfermât à mon tour,

 .....


Dans la suite , trois mois après de multiples démarches pour me libérer,  je montais dans le train pour Genève,

 J' avais maigri après cette dure épreuve. C'est dans un corps à l'aspect décharné, sans force, titubant presque , que ma fille m’aperçut à la gare ,oû elle etait venue me récupérer. 

Elle faillit ne pas me reconnaître.

Elle aussi avait changée. Sur son visage, si frais précédemment , les rides du désespoir creusaient de sinueux chemins.

Elle avait eut peur de me perdre définitivement,

 

Mais IL m'accompagnait, ce pauvre hère abandonné, par sa famille, banni   à cause de ses errances,  incarcéré dans cet hopital pour y finir ses jours,

Je l'avais adopté.

Son devenir pouvait être paisible, il lui suffirait d'un peu d'argile...

 

 

JP Genève novembre 1913

 nota j ai imaginé cette petite nouvelle en pensant à la talentueuse Camille Claudel

je l' ai transposée au masculin et ai imaginé un sort meilleur pour elle si elle avait trouver un protecteur digne..